sábado, 10 de outubro de 2009

O mistério chinês

...Pequim, Praça da Paz Celestial...


L'histoire chinoise, revue et corrigée
por Bruno Phillip


La grandiose cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, le 8 août 2008, avait marqué le grand retour du confucianisme sur la scène chinoise par l'abondance de références historiques tirées de la tradition classique, bien éloignées de la pensée Mao Zedong et du marxisme-léninisme : après tout, ces théories continuent de fournir le socle idéologique du parti unique
.
Certes, la vulgate en vigueur depuis le début des réformes économiques définit aujourd'hui le système comme celui d'un "socialisme à caractéristiques chinoises", une façon de proclamer qu'il est judicieux d'adapter l'économie libérale en ne reniant pas tous les apports marxistes. Résultat, depuis des années, le pouvoir ne cesse de se livrer à toutes sortes de contorsions sémantiques afin de justifier le capitalisme autoritaire.

Dans un tel contexte, et parce qu'il lui faut à tout prix légitimer son pouvoir sur un mode plus "nationaliste" en exaltant le caractère "immémorial" de la culture chinoise, ce même pouvoir n'hésite pas à glorifier les épisodes antérieurs à la "libération" maoïste. Et tant pis si cela revient à écorner le dogme de la révolution antiféodale ! L'interdiction du livre d'un journaliste chinois, Xiao Jiansheng, qui démontre les carences de l'époque prérévolutionnaire, est l'exemple type de la façon dont le régime décide de ce qui est politiquement admissible quand il s'agit de critiquer le millénaire passé de l'empire du Milieu.

Le livre de M. Xiao, L'Histoire chinoise revisitée, interdit en Chine continentale mais qui vient d'être publié à Hongkong, consacre huit chapitres sur dix à l'histoire chinoise, depuis l'époque mythologique jusqu'au début du XXe siècle. Il expose comment le poids des traditions sous l'Empire chinois explique pourquoi la Chine peine à accepter les principes du respect des droits de l'homme, du règne de la loi, du pluralisme philosophique, tels que l'Occident les a énoncés. Dans les deux derniers chapitres, qui évitent soigneusement les pages les plus noires de la Chine communiste, tels la Révolution culturelle ou le mouvement de Tiananmen, il soutient d'ailleurs que son pays aurait mieux fait de s'inspirer du modèle occidental de démocratie libérale.

Le fait que ces critiques contre le féodalisme de l'ancien système et la philosophie confucéenne aient été considérées comme politiquement irrecevables illustre bien la conception contemporaine - postmarxiste, pourrait-on dire - du pouvoir chinois à l'égard de l'histoire.

Petit rappel historique, justement : le Parti communiste, au temps du maoïsme, s'est appuyé sur une tradition d'"iconoclasme culturel" issue du mouvement dit du "4 mai 1919", organisé à l'époque par des étudiants progressistes dont le mot d'ordre était anticonfucéen. Mouvement qui reste dans l'historiographie moderne du régime comme un des hauts faits de la marche du pays vers le socialisme. Voilà bien là où le bât blesse...

Pour Sébastian Veg, chercheur au Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC), à Hongkong, "ce qui est intéressant dans l'interdiction de ce livre, est que c'est longtemps le Parti communiste chinois qui a défendu cet "iconoclasme radical" antitraditionaliste : aujourd'hui, il semblerait bien que le PCC ait tellement basculé du côté de la continuité avec la tradition impériale et confucéenne qu'une mise en accusation totalisante de l'histoire chinoise décrite comme un autocratisme est devenue insupportable pour le PCC. Car la ligne du régime, désormais, est d'assumer avec fierté l'ensemble de l'héritage historique de la Chine traditionnelle..."

Dans un article écrit dans le South China Morning Post, quotidien de Hongkong où la presse échappe encore, généralement, à la censure de Pékin, M. Xiao, qui est lui-même journaliste dans le très officiel quotidien de la province du Hunan, s'est ému de voir son livre interdit. Il s'est bien sûr réjoui que son ouvrage soit publié à Hongkong où il risque de devenir un best-seller. Son éditeur, Bao Pu, le fils d'un dissident chinois vivant à Pékin, s'est publiquement félicité du fait que le journaliste-écrivain ait écrit "en ne respectant aucunement l'étroite version officielle de l'histoire". Des propos qui ne contribueront certes pas à rendre populaire M. Xiao auprès de ses rédacteurs en chef : ces derniers lui avaient dit que la période des festivités du 60e anniversaire de la fondation de la République populaire n'était vraiment pas propice à la publication d'un tel pamphlet...

Les exemples démontrant la façon dont les censeurs pékinois "revisitent" de leur côté l'histoire chinoise abondent. En 2005, entre autres exemples, l'article d'un professeur cantonais, Yuan Weishi, publié dans le supplément hebdomadaire d'un quotidien chinois, avait valu à son directeur d'être limogé : l'historien avait critiqué une autre version officielle, celle concernant la fameuse révolte des Boxers (1898-1901). Ce mouvement xénophobe avait été instrumentalisé par la redoutable impératrice douairière Cixi, alors que les puissances coloniales avaient imposé à la Chine de très "inégaux" traités. Mais M.Yuan conspuait la violence des Boxers, s'inscrivant ainsi contre l'historiographie en vigueur, qui exalte aujourd'hui cette révolte au nom des "valeurs patriotiques".

Il est vrai que ceux qui réécrivent l'histoire à Pékin ne se soucient plus que ces révoltés aient pu être manipulés par un régime "féodal" naguère vilipendé par le maoïsme triomphant. O tempora...



Transcrito, com a devida vénia, de Le Monde, 10/10/09

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