sexta-feira, 14 de maio de 2010

Os (des)equilíbrios europeus...


Edito du Monde
L'Europe, c'est comme la bicyclette...

L'Europe, c'est comme la bicyclette : si elle n'avance pas, elle tombe, a coutume de dire Jacques Delors, expert dans les deux domaines. Violemment bousculée par les marchés financiers et menacée de verser dans le fossé, l'Europe a donné un sérieux coup de rein le week-end dernier.

Réflexe salutaire, tant il est évident que la crise grecque menaçait de déstabiliser l'ensemble de la zone euro. Les dirigeants européens ont donc adopté un traitement de choc, à la hauteur du danger : ils se sont donné les moyens de mutualiser les dettes nationales et de bâtir des mécanismes de solidarité. Très bien.

Mais cette rupture radicale avec les règles de fonctionnement de la zone euro depuis sa création a démontré, comme jamais, le point de faiblesse essentiel de l'Union monétaire : elle n'est pas soutenue par un gouvernement économique. Les chefs d'Etat et de gouvernement en ont pris acte vendredi 7 mai. Le président de la Commission européenne vient d'enfoncer le clou, sans ménagement.

Si les seize Etats membres de l'eurozone veulent vraiment une union monétaire, a martelé José Manuel Barroso, ils "doivent avoir le courage" de mettre en place une union économique, donc de renforcer la coordination de leurs politiques budgétaires. M. Barroso a donc proposé qu'ils soumettent leurs avant-projets de budget à la Commission européenne avant de les présenter à leurs Parlements nationaux. Il s'agit de vérifier que chacun respecte les disciplines économiques communes. Voire de sanctionner les mauvais élèves.

Cette proposition a immédiatement suscité la gêne des uns ou la colère des autres. C'était inévitable. Tout d'abord, le président de la Commission européenne est le plus mal placé pour faire une telle proposition. Absent et comme tétanisé par la crise financière de 2008, la crise économique de 2009 et la crise grecque de 2010, M. Barroso apparaît comme le pompier de la vingt-cinquième heure.

Ensuite - et sans même entrer à ce stade dans les controverses sur la remise en cause des souverainetés nationales, dont le vote du budget est l'instrument-clé -, sa proposition ressemble à une mise sous tutelle qui est aux antipodes d'une nécessaire concertation intelligente. En outre, il est pour le moins singulier - pour ne pas dire choquant - d'envisager une régulation budgétaire sans avoir au préalable mis en oeuvre une régulation sérieuse et crédible des marchés financiers.

Enfin, et c'est l'essentiel, cette initiative témoigne une nouvelle fois du déficit démocratique de l'Europe. Reconduit à la tête de la Commission il y a quelques mois par des chefs d'Etat et de gouvernement à qui il ne fait pas d'ombre, M. Barroso semble n'avoir rien appris de l'échec du Traité constitutionnel en 2005. Sans doute les peuples européens ne sont-ils pas prêts à accepter une fédération européenne qui est le point d'aboutissement logique de l'aventure collective engagée il y a soixante ans. Il est sûr, en revanche, qu'ils refuseraient, à juste titre, un tel "fédéralisme technocratique".


transcrito, com a devida vénia, de Le Monde de hoje

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